Blasband, Philippe
De Cendres et de Fumées F

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Par son roman De Cendres et de Fumées, Blasband a enthousiasmé aussi bien les lecteurs que les critiques. Rien d’étonnant à cela, car le livre vous saisit et ne vous lâche pas...

Philippe Blasband: De Cendres et de Fumées

Philippe Blasband, écrivain, dramaturge, scénariste et réalisateur de cinéma, est né le 26 juillet 1964 à Téhéran. Après avoir vécu en Angleterre et aux Etats-Unis, sa famille s’est établie en Belgique à la fin des années soixante. En 1975, ils sont partis pour l’Iran qu’ils vont quitter lors de la révolution islamique, quatre ans plus tard, pour rentrer en Belgique. A Bruxelles, Blasband a obtenu un diplôme de montage à l’INSAS. En 1990, il a reçu le prix Rossel pour son premier roman De Cendres et de Fumées. Il a également obtenu le prix d’écriture dramatique Herman Closson (1997/98).
Parmi ses œuvres, on peut citer le roman L’Effet-Cathédrale (1994), le recueil de nouvelles Quand j’étais Sumo, les pièces de théâtre Le Masque du Dragon (1994), Les Mangeuses de Chocolat (1996), et les scénarios des films Max et Bobo (1998) et Une Liaison pornographique (1999).

Par son roman De Cendres et de Fumées, Blasband a enthousiasmé aussi bien les lecteurs que les critiques. Rien d’étonnant à cela, car le livre vous saisit et ne vous lâche pas. L’histoire est constituée de souvenirs d’Iradj Lévy, jeune homme né à Téhéran qui, lors de la révolution islamique, a dû fuir son pays natal avec sa famille pour s’installer à Bruxelles. Dans son récit, il fait la brève chronique du clan Hosseini, sa famille du côté maternel ; puis, il raconte la vie et l’arrivée en Iran de son père, juif d’origine argentin. On peut suivre également l’amour douloureux d’Iradj pour Cendres, une jeune prostituée, et son court séjour en Israël. Tout cela est rangé associativement, un souvenir évoque l’autre. L’auteur peut ainsi mettre en place un jeu avec le lecteur. Il l’oblige à se concentrer entièrement sur la narration afin de capter les détails jetés ça et là tout au long du livre, comme les pièces d’une mosaïque brisée. Pourtant, il le laisse souvent tâtonner et ne révèle le sens de certaines remarques qu’après plusieurs pages. Malgré sa fraîcheur incontestable ― avec une description vive de l’atmosphère de Téhéran avant la révolution, ainsi qu’une façon singulière d’observer le monde ― une saveur amère domine le réçit.

Les deux motifs essentiels des œuvres de Blasband sont le déracinement des personnages et une vision tragique de l’amour, direction déjà perceptible avec De Cendres et de Fumées. Dans ce roman, le héros principal, Iradj, est un prototype de l’homme déraciné : homme en perte d’identité, il ne peut s’adapter à la façon de vivre de la nouvelle société ― ici la société occidentale, superficielle ― dans laquelle il se retrouve malgré lui. Les différences entre sa civilisation d’origine et la civilisation d’accueil semblent inconciliables : « Nous croyions fuir comme des voleurs. Chassés du paradis, nous sommes entrés au purgatoire, et le purgatoire était gris et sans lumière. L’air ne sentait pas l’ordure chaude, la poussière de roche, le désert, mais les hydrocarbures et la pluie. Les gens avaient les traits fades et la peau blême. Ils n’étaient pas régis par des passions ; ils fonctionnaient par petits sentiments raisonnables. Je déteste les sentiments, cette sucrerie insipide, ce cancer lent, cette paresse de l’âme. » (p. 81) Or, il ne peut plus vivre comme jadis car il n’appartient plus au lieu de son origine. Pourtant, Iradj essaie de recomposer son identité perdue en se tournant vers le passé, en écrivant ses mémoires. Mais cela ne l’aide pas car, comme il avoue : « chaque mot détruit le souvenir (…) décrit. Les phrases effacent mon enfance. » (p. 147). L’écriture rend impossible qu’il soit de nouveau celui qu’il était. Mais Iradj n’est pas le seul, presque toute la famille souffre du même problème. Sa mère cherche en vain à être une femme d’affaires, son père se noie dans l’alcool et Maurice, son frère, prétend s’être trouvé dans le « métier » de gigolo. De même qu’Iradj, aucun des trois ne parvient à resoudre le problème identitaire.

La vision tragique de l’amour est omniprésente. Elle ne concerne pas seulement Iradj et son amour pour Cendres, mais d’autre membres du clan Hosseini. Il y a Hosseini-l’Aveugle, amoureux de sa cousine Omideh, et contraint par sa famille à quitter l’Iran pour aller étudier aux Etats-Unis ― entre-temps, Omideh épouse le frère d’Hosseini-l’Aveugle. Ou encore, Hosseini-le-Jeune avec ses innombrables demandes en mariages qui amusent toute la famille.

De Cendres et de Fumées est une œuvre qui, malgré sa concision, surprend par sa profondeur d’émotions et d’idées. Ses pages n’ont pas été écrites pour être parcourues machinalement. Leur but est de surprendre le cerveau du lecteur, de l’arracher un instant aux stéréotypes de sa vie quotidienne et de le faire réfléchir. A quoi ? Cela est à lui. Ce livre a beaucoup de thèmes à offrir. Le lecteur a juste à choisir. Entre les cendres – amour délaissé, mort, et les fumées – les souvenirs.

Bibliographie:
P. Blasband, De Cendres et de fumées, lecture de Carmelo Virone, Editions Labor, Bruxelles, 1999
http://www.blasband.be

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