Nothomb, Amélie
Robert des noms propres 2 F

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Le dernier roman d´Amélie Nothomb traite trois sujets principaux: l´enfance avec son passage difficile à l´age adulte, la relation mère/fille et la violence.

Amélie Nothomb: Robert des noms propres (2002)

Le roman Robert des noms propresAmélie Nothomb traite trois sujets principaux: l´enfance avec son passage difficile à l´age adulte, la relation mère/fille et la violence.

Robert des noms propres est d´abord une histoire de la jeune fille Plectrude qui se montre dès son enfance comme un être exceptionnel, hors de la norme: elle est née dans des circonstances atypiques (naissance dans la prison où demeure sa mère suite au meurtre de son mari, geste de non-conformité) d´une mère probablement folle qui se suicide vite après la naissance de Plectrude en prédisant que celle-ci deviendrait une danseuse, elle a le nom et l´air physique atypique (surtout „des yeux d´une beauté invraisemblable“, p.20), et finalement elle a un comportement atypique (inclination à la cruauté, à la solitude, incompréhension de son entourage, distinction vis-à-vis le monde extérieur etc.). Mais au fur et à mesure de l´histoire on commence à se poser la question dans quelle mesure son caractère exceptionnel provient de son héritage psychique familial et de sa destinée et dans quelle mesure c´est son entourage (famille, école etc.) qui influence ses réactions, ses pensées et finalement son auto réflexion.

Voilà le deuxième sujet du livre – la relation spécifique de Plectrude et sa mère adoptive. Clémence, en réalité la tante de Plectrude, projette dans la vie de petite Plectrude ses ambitions non réalisées, ses rêves et également son grand amour envers sa sœur morte. Plectrude devient pour elle une sorte d´incarnation de tout ce qu´elle n´était pas capable (par exemple de devenir danseuse), de dépassement de la norme dans laquelle elle vit avec le reste de la famille, de négation de sa propre médiocrité.

A Plectrude, il n´est pas permis d´être normal, elle symbolise le pas vers le rêve, vers le sublime, vers l´absolu. Cette projection va en graduant, les dernières marques de normalité de Plectrude disparaissent petit à petit lorsqu´elle devient vraiment une danseuse maigre, incapable des émotions et épuisée physiquement mais candidat à l´absolu caché quelque part dans l´envol de la danse. L´anorexie, suite psychologique connue de la fixation entre la mère et l´enfant, accompagnée par d´autres problèmes physiques détruisent tous les rêves et en conséquence le lien intime et hors de la norme entre Clémence et Plectrude. Clémence n´admire plus sa fille, elle la ridiculise autant qu´elle puisse.

Plectrude commence après tout la vie de son âge. Son poids devient enfin normal, car elle retrouve la saine faim, quoique pour ses parents elle soit dès lors seulement „ un peu ronde“, elle commence à détruire la fixation trop grande entre elle et sa mère en cherchant l´emploi qui lui ferrait gagner l´argent etc. Robert des noms propres présente donc une lutte de l´enfant pour pouvoir devenir normale contre son destin exceptionnel fabriqué dans les têtes des gens qui l´entourent, c´est une lutte pour le droit de devenir adulte.

La lutte comme telle évoque la violence qui est le dernier thème principal du livre. Elle constitue presque l´essence même de la narration. Elle y est omniprésente commençant par la double meurtre au début, passant par les tendances permanentes de Plectrude d´affronter les situations à la limite de la vie et la mort, finissant par la tentative suicidaire de Plectrude suivant son destin parallèle à celui de sa mère. D´où vient cette violence? Est-elle présente dans l´esprit des hommes dès leur naissance ou bien est-elle une réaction provoquée par les circonstances de la vie? C´est exactement ce type des questions qui sont au cœur du livre. Les dernières pages en sont en quelque sorte la réponse.

A la fin du roman (p.168-fin), nous remarquons un procédé littéraire assez original. L´auteur, avec son propre nom, entre dans la narration. Le statut de narrateur omniscient est bouleversé et l´histoire prend des nouvelles dimensions. Dans le dialogue rapporté, Nothomb pose des questions à son amie Plectrude, les questions sur la nature de sa violence et sur la liaison possible entre la violence de sa mère et Plecturde. Cette dernière ne connaît pas la réponse parce-qu´elle ne s´est jamais demandé de cette manière. Mais paradoxalement la question fait naître en elle la violence inattendue qui se tourne contre Nothomb interrogeant. La mort symbolique de l´auteur même montre l´opinion de celle-ci que la violence est provoquée par des réactions de l´entourage à l´individu, qu´elle est donc culturelle et elle montre aussi la position provocatrice de Nothomb vis-à-vis son propre texte.

Le titre du roman suscite également des questions. Comme Nothomb elle-même l´avoue, elle s´est inspiré d´un personnage réel: „Je me suis inspirée d´un personnage existant, une chanteuse, que j´ai rencontrée par l´intermédiaire d´un ami persuadé que nous allions nous entendre. (…) Elle m´a raconté sa vie, et j´ai eu un déclic. Elle était extraordinairement inspirante.“ (Pascale Frey, Amélie Nothomb se fiche de la décoration, Lire, 2002).

Il s´agit donc d´un roman basé sur l´histoire réel, procédé littéraire assez courant. Autant plus la dernière scène est surprenante. Pascale Frey dans l´article Amélie Nothomb se fiche de la décoration se demande sur la signification de cette scène de la mort de l´auteur de cette façon: „Amélie essaie-t-elle de nous passer un message et de nous signifier qu´il s´agit là de son dernier roman?“ Sûrement pas. Cette direction de l´interprétation est, à mon avis, trop bornée et laïque. Il doit exister une explication plus littéraire. Nous savons que dans la littérature, tout est permis et le mélange du niveau vraisemblable, réaliste avec celui symbolique et imagé n´y montre que la richesse de l´invention et rappelle le caractère illimité de la littérature en tant que telle. Nothomb se libère donc à la fin de son roman de la soumission au témoignage et ouvre les perspectives nouvelles, cette fois purement littéraires.

Pour revenir au titre du roman, sa référence au dictionnaire traduit la visée de l´auteur de nous raconter une histoire qui à première vue paraît singulier et unique mais qui aspire à se montrer tout de suite après comme complètement courant dans la vie de la société, comme une histoire qui peut arriver à n´importe qui d´entre nous. Citons un extrait du roman illustrant le but de restituer dans un seul personnage la liste des souffrances que les gens ressentent dans la vie de tous les jours: „…Mathieu Saladin, musicien de son état, avait donné à Plectrude le courage de devenir chanteuse, sous un pseudonyme qui était un nom de dictionnaire et qui convenait ainsi à la dimension encyclopédique des souffrances qu´elle avait connues: Robert.“

Le style du roman demande également quelques remarques. Il s´agit du style assez simple presque naïf (ce qui va très bien avec le traitement du sujet de l´enfance) avec prédominance de la forme dialoguée. L´auteur ne montre pas tout de suite toute la vérité, elle dévoile petit à petit les caractéristiques des personnages, elle nous fait découvrir son point de vue d´une façon très subtile et implicite. La première partie du roman témoigne une grande profondeur dans les portraits psychologiques des personnages, surtout de Plectrude dont de diverses situations sont traitées comme de l´intérieur. Les situations de son enfance qui montrent son rôle à part la société qui l´entoure occupent une place dominante par rapport au reste de l´histoire. Sa vie jusqu´à son âge de 12 ans présente la plupart du livre.

Au contraire à partir de ses 12 ans l´histoire s´accélère, les ans passent très vite et même si les événements paraissent assez bouleversants dans la vie de la fille le rythme de la narration ne permet pas de les commenter. Le lecteur suit donc une histoire qui, au début, montre une forte ambition d´évoquer la psychologie compliquée de l´enfant et ses rapports avec son entourage mais qui au fur et à mesure renonce à cette profondeur et commence à placer les faits l´un après l´autre d´une façon très hachée et trop vite.

La linéarité du texte se perd et le thème se dévalorise comme si le commentaire n´était plus possible. Cette gradation trop rapide et à la manière des sauts ou des escaliers dérange, à mon avis, la lecture. L´histoire, au début très personnelle se schématise ad absurdum vers la fin. Le principale défaut du livre est donc une non-consistence de thème et du style ce qui risque de provoquer des confusions auprès du lecteur en ce qui concerne le sens même du roman.

© Magdalena Paloušová

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