Michon, Pierre: Rimbaud le fils F

Michon, Pierre: Rimbaud le fils F

Autor článku: Václav Šmilauer - 21.10.2005
ISBN: 2-07-071740-2


Pierre Michon: Rimbaud le fils, Gallimard, 1991

Pierre Michon (né en 1945) n'est pas un écrivain-débutant. Son premier récit, Vies minuscules, a obtenu le prix France-Culture en 1984 et il a publié plusieurs livres depuis (Vie de Joseph Roulin, L'empereur d'Occident, Maîtres et serviteurs).

Le genre biographique?
Rimbaud le fils, paru en 1991, est une présentation de Rimbaud, relu par Michon. Le livre se présente comme une biographie, ce qui suppose la possibilité de la séparation de la vie et de l'œuvre; au moins au niveau de la compréhension. La ligne de démarcation une fois fixée, on s'amuse à déchiffrer la complexité dans laquelle les deux s'influencent. Pourtant, cette séparation est rejetée par Michon: casser l'unité organique de l'auteur tue ce qui est poétique en lui, ce qui nous parle en tant que lecteurs. Un reproche à la science littéraire est fait à plusieurs reprises à ce propos. La filialité, le motif dont on va parler plus bas, est exactement ce qu'une telle science ne permet pas de prendre en compte, ce lien du lecteur et de l'auteur. Le résultat pourrait être appelé « psychographie », une sonde dans le monde du poète-génie, essayant de se rapprocher de lui, à l'aide d'un narrateur presque omniscient mais pourtant humain et humble.

Le génie dépasse toute compréhension
Le langage flou.
Michon ne veut pas corseter Rimbaud et son œuvre par ses énoncés; en même temps, il ne veut pas ne rien dire non plus. Il balance entre les deux, au niveau du contenu et également dans son expression où il se sert d'un langage riche et très poétique. L'empathie et la réflexion sont ainsi provoquées chez le lecteur. Mais pas toujours. Michon ridiculise ceux qui « comprennent », surtout les historiens; pourtant, dans son humilité, il n'hésite pas à diriger cette ironie contre le lecteur et lui-même. Cette manière respecteuse de traiter le génie implique que la fin reste ouverte, concernant la vie de Rimbaud aussi bien qu'une interprétation de son œuvre. En fait on ne sait pas bien à la fin du livre si on parle toujours de Rimbaud ou d'une déité qui s'est incarnée comme par hasard en lui: de la poésie même.

L'approche négative.
La pensée occidentale traditionelle distinguait théologie positive et négative; la deuxième s'approche mieux de Dieu par apophasis, négation, en l'opposant à tout ce qu'on connaît, pour qu'on se rende compte de sa transcendence. Michon s'inscrit dans la même tradition. Suivant la logique que le génie dépasse toute raison, il montre la vie-œuvre de Rimbaud à travers de nombreuses oppositions: d'abord à sa mère, puis successivement à Izambard, Banville, Verlaine, Carjat. Chaque chapitre est consacré à l'une de ces oppositions, ce qui produit un rythme de lecture. En même temps, ce schéma porteur paraît parfois imposé sur les personnages que le poète rencontre, surtout vers la fin du livre.

Poésie spirituelle.
La psychographie de Rimbaud suggère l'épanouissement spirituel de sa poésie au cours du temps - et sa poésie était constituée par sa vie aussi bien que son œuvre. La progression vers le spirituel correspondant dans le livre au passage des scènes de l'intérieur jusqu'aux étoiles, a déjà été évoquée. Michon se lance de plus en plus dans les sphères de la sublimité pour trouver le mot juste. Or cela n'est pas facile pour un génie. Comparaisons et métaphores mythologiques et bibliques doivent remplacer le langage ordinaire pour que l'auréole de Rimbaud (ou de la Muse?) soit nette. Le génie implique qu'il faut renoncer à expliquer. La raison doit toujours résister à cette tentation de blasphème. Mais dans quelle mesure? Michon, pour être du côté de la sécurité, y renonce totalement. On peut se demander pourtant si une telle attitude ne crée pas une distance trop grande pour que la filialité poétique puisse en profiter. Même le point où le contraire du bon et du mal est surmonté et où les deux côtés du spirituel, lumineux et ténébreux, sont embrassés par la poésie, ne fut pas le dernier pour Rimbaud. Pour Michon non plus. Le deux se taisent en même temps, l'un par respect envers l'univers, l'autre par respect envers le premier.

Le fils
Michon n'aspire pas à saisir la totalité du poète; il essaie de communiquer le message que la profondeur est telle que chaque point de vue n'est que partiel, le sien inclus: ses nombreuses allusions à l'histoire littéraire veulent dire: il y a plus que moi, Michon doit être complété par d'autres sources. Bien entendu, sans ces connaissances, la lecture est un peu appauvrie mais pas du tout futile. Le livre peut toujours servir comme une invitation à la lecture de Rimbaud et, à la fois, comme une source d'inspiration pour des réflexions poétiques ou sur la poésie.

Même dans sa génialité, Rimbaud était le fils de tous ceux qu'il avait rencontrés; ceux auxquels il s'est opposé inclus. Or, cette filialité ne contredit pas la profondeur de Rimbaud car un enfant (et surtout un petit génie) mène sa propre vie, sans être une copie de n'importe qui d'autre. Michon s'oppose fortement à une interprétation définitive de Rimbaud, qui en ferait un cadavre.

La poésie revit chaque fois dans l'esprit du lecteur qui peut ainsi être le fils de la Muse, être un poète vivant. La re-création du sens est une activité qui échappe, selon Michon, aux historiens mais aussi aux « dévots », copies du modèle sans sang ni esprit.

 


© Václav Šmilauer


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