Hrabal, Bohumil: Moi qui ai servi le roi d´Angleterre

Hrabal, Bohumil
Moi qui ai servi le roi d´Angleterre

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S’essayer à une traduction d’un roman de Hrabal est sans conteste, de l’avis même des traducteurs les plus expérimentés, une tâche des plus périlleuses.

Les écueils de la traduction française du roman de Bohumil Hrabal Moi qui ai servi le roi d’Angleterre

Cet article correspond à un chapitre d’un livre prochainement publié et dont l’intitulé (provisoire) est : La question de l’engagement de l’axiologie nationale dans la lecture d’un roman[1]. Plus précisément, il s’agit dans cet ouvrage de mettre à l’épreuve, sur la base d’une enquête sociologique menée auprès de trois échantillons de lecteurs, tchèques, français et allemands, l’approche proprement culturelle – plus précisément nationale – d’un roman de Bohumil Hrabal : Moi qui ai servi le roi d’Angleterre[2]. Il est indéniable que la qualité de la traduction est susceptible de jouer un rôle de premier plan dans la réception d’un texte de la part d’un lectorat étranger. En omettant de prendre en considération cet aspect dans notre étude comparative, nous courrions le risque de commettre de lourdes erreurs dans l’appréciation des réponses des lecteurs. Les défauts de la traduction française de Milena Braud étant tellement importants, nous avons donc décidé de leur consacrer un chapitre entier que nous présentons ici sous la forme d’un article. Celui-ci vaut spécifiquement comme une analyse des écueils de la traduction française de Moi qui ai servi le roi d’Angleterre, mais aussi plus généralement des défauts majeurs des traductions françaises de l’oeuvre de Bohumil Hrabal.

Il faut tout d’abord dire que le plus souvent les Tchèques affichent très ouvertement un grand scepticisme devant toute tentative de traduire les livres de Bohumil Hrabal. Cette opinion, largement répandue en République tchèque, vaut comme un indice – pour reprendre un terme cher à Carlo Guinzbourg[3] – de la relation particulière qu’ils entretiennent à l’égard de leur culture et des fortes réserves qu’ils émettent quant aux ‘rapports d’affinité’ qui pourraient être établis entre cette dernière et tout étranger, tout individu non tchèque. Ils se disent convaincus qu’il est quasiment impossible de transmettre la poétique hrabalienne dans une langue étrangère, du fait bien sûr de sa complexité proprement stylistique, mais aussi en raison de ce lien inextricable qui l’unit à une culture, que seuls les ‘initiés’ (entendons ici les personnes dont la mère est tchèque, nées et vivant sur le territoire tchèque[4]) pourraient apprécier.

S’essayer à une traduction d’un roman de Hrabal est sans conteste, de l’avis même des traducteurs les plus expérimentés, une tâche des plus périlleuses. En guise d’illustration, nous retranscrivons ci-dessous quelques-unes de leurs réflexions.

Susanna Roth (traductrice allemande) affirme : « Pour autant que je sache, presque tous les traducteurs s’y sont ‘cassés les dents’. Hrabal a une écriture spontanée et le traducteur a le sentiment dans ses textes d’être plus libre que par exemple dans ceux de Milan Kundera. Mais les traductions de Hrabal sont toujours plus plates et plus pauvres que l’original. Le traducteur est un caméléon qui doit pouvoir s’insérer dans le style de l’auteur, mais une langue et un style aussi colorés que l’est la prose de Hrabal, ne peuvent être imités par aucune sorte de caméléon, aussi doué soit-il[5]. »

Dans d’un entretien, György Varga (traducteur hongrois) explique : « Chez vous [en République tchèque], vous pouvez employer aussi bien un langage correct qu’un langage familier. En Hongrie, il nous manque, comme je l’appelle, ‘le bla-bla de la taverne’. En Hongrie, nous utilisons un langage châtié, et par exemple en buvant des bières nous parlons souvent de façon grossière. Il n’y a pas d’entre-deux. C’est pour cette raison qu’il m’a été si difficile de trouver des équivalents à quelques expressions de Hrabal. Donner à voir que le narrateur emploie un langage familier fut le premier et le plus difficile problème[6]. »

Pour résumer, tous deux mettent en avant la difficulté de rendre dans leurs traductions ce que Marianne Canavaggio nomme « le caractère d’oralité de la prose de Hrabal – rendu du flux oral et registre de langue[7] ».

Dans les deux citations suivantes, leurs auteurs insistent plus particulièrement sur des problèmes de technicité du vocabulaire, de traductibilité de certains termes ou expressions directement liés à la culture tchèque. Claudia Ancelot (traductrice française) note : « Lorsque je traduisais La chevelure sacrifiée, je suis presque devenue experte en charcuterie. J’ai compulsé la littérature française spécialisée pour trouver des équivalents à tous ces ‘špekáčky’ et ‘buřty’[8]. » Mary Hrabik Samal (traductrice anglaise) déclare : « Ce qui m’empêche de dormir, c’est la recherche d’équivalents pour des choses et des activités qui n’existent pas dans le monde anglophone. Comment traduire en anglais ‘reálka’ ou encore ‘chození na houby’?[9]. »

Bien entendu, l’exigence d’une traduction ‘littérale’, autrement dit, si l’on comprend cet adjectif dans un sens très large, d’une correspondance stricte d’une langue à l’autre entre champs sémantiques, n’a aucune pertinence. Toute traduction implique pour son auteur des choix personnels. Toute traduction est-elle alors inévitablement ‘trahison’ de l’original ? Non, à certaines conditions. Si condamner a priori la licence créative du traducteur est sûrement excessif, réclamer qu’il lui soit laissé pleinement libre cours l’est tout autant. Son expression doit être strictement encadrée par une prise en compte du caractère « indissociable » d’une « vision » et d’une « forme ». Si effectivement l’on admet avec Marianne Canavaggio, citant Jean Rousset, que « […] l’œuvre d’art réside dans cette solidarité d’un univers mental et d’une construction sensible, d’une vision et d’une forme[10] », alors la restitution d’une « forme », indissociable d’une « vision », devra naturellement constituer la préoccupation primordiale du traducteur[11] ».
 
Avant d’entrer spécifiquement dans l’analyse du travail de Milena Braud, nous devons indiquer que sa traduction (datée de 1981) n’a pas été effectuée à partir de la version tchèque de Moi qui ai servi le roi d’Angleterre qui nous a servi de référence[12]. Très rapidement, nous nous sommes aperçus qu’il existait des ‘écarts’ flagrants entre ce texte et la traduction française[13]. Etant donné le mode singulier d’écriture de Hrabal (par variations, collages, ratures), nous avons pensé au départ qu’il était tout à fait vraisemblable que la version utilisée par Milena Braud diffère très sensiblement de celles publiées officiellement entre 1989 et 2002 (en Tchécoslovaquie puis en République tchèque). Or, à l’évidence, il n’en est rien. Après avoir consulté toutes les versions samizdat du livre de Hrabal conservées aux archives de la bibliothèque Libri prohibiti, nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il s’agissait bel et bien d’un parti pris de la traductrice. Celle-ci peut donc être tenue pour entièrement responsable de ce qui constitue des aménagements stylistiques, syntaxiques, lexicaux, phonétiques, etc., des déformations extrêmement surprenantes et surtout préjudiciables, dans le sens où elles dénaturent très largement le texte original. Quand bien même nous ne pouvons nous autoriser à accuser Milena Braud d’avoir sciemment fait disparaître dans sa traduction des paragraphes entiers du roman (nous avons recensé, toutes versions confondues, pas moins de trois paragraphes d’une dizaine de lignes chacun absents dans les trente premières pages), nous sommes convaincus, quelle qu’ait été sa version de travail, du bien-fondé de toutes les critiques que nous allons ci-dessous développer. Nous nous sommes efforcés de ne jamais perdre de vue les difficultés que rencontre systématiquement tout traducteur de Hrabal dans son exercice d’adaptation. Les réserves que nous formulons ne concernent que les erreurs récurrentes ainsi que les ‘dérapages’ isolés dont les conséquences sont trop importantes pour ne pas être mentionnés.
 
Le premier de ces dérapages grossiers est l’omission – contrairement à la traduction allemande – de deux phrases clés, l’une annonçant le début, l’autre la fin, de chaque chapitre. La phrase d’ouverture « Dávejte pozor, co vám teďka řeknu » [« Suivez attentivement ce que je vais vous raconter »] n’apparaît dans la traduction française que dans le premier chapitre. Quant à la phrase de clôture « Stačí vám to? Tím dneska končím » [« Ca vous suffit ? Je termine aujourd´hui par ceci » (traduction personnelle)], elle a purement et simplement été supprimée. Par ce geste ‘oral’ et répétitif, le narrateur instaure, entre lui et son lecteur, une forme de connivence. En l’interpellant ainsi, il le fait entrer résolument dans son monde, il l’enjoint à devenir le témoin privilégié de son histoire. Ces sentences ont un rôle fondamental dans le rythme et la structure du roman. A ce propos, une lectrice allemande fait remarquer : « J’aimais bien la première et la dernière phrase. […] J’aimais bien ça, cet élément qui revenait. Cela me permettait aussi de découper le livre et de voir la structure. » Cette réponse aide en partie à comprendre pourquoi les Allemands, mais aussi les Tchèques, contrairement aux lecteurs français, abordent spontanément la question du genre littéraire ; et plutôt que de parler d’un roman, certains font parfois référence à une zone, d’autres à un enchaînement de contes correspondant au découpage du texte en chapitres qu’on pourrait aussi lire indépendamment les uns des autres. Il faut néanmoins préciser que l’ensemble des lecteurs tchèques estiment que le récit connaît une progression, ils soulignent de plus sans exception une ‘évolution positive’ de Jan Dítě. Cette opinion ne ressort pas du tout, ou alors pas avec la même conviction, chez les lecteurs allemands.
 
En fait, le plus grand reproche – et il recouvre d’innombrables aspects – que l’on est en droit d’adresser à Milena Braud est qu’elle pervertit totalement le « caractère d’oralité » de la narration, dans lequel justement reposent la singularité et l’originalité de l’œuvre de Hrabal. A titre liminaire, nous donnerons ci-dessous quelques exemples. Dans chaque cas, nous confronterons la version originale (V.O.) à la traduction de Milena Braud (Trad. M.B.) et à notre propre traduction (Trad. fr. B.H.). Nos traductions constituent avant tout un outil heuristique ayant pour fonction de matérialiser les catégories d’erreurs que nous nous proposons de mettre en évidence. Nous adjoignons parfois à ces exemples quelques commentaires choisis permettant d’éclairer une partie des défauts de la traduction de Milena Braud. Ces commentaires, comme un lecteur attentif pourra s’en rendre compte, ne couvrent pas, loin s’en faut, tous les problèmes.
 
« …, ale!, každý týden jsem si našetřil na další a pokaždé novou slečnu, […] » (V.O.)
« … Heureusement que toutes les semaines je pouvais économiser assez pour voir du nouveau, une fille différente à chaque fois. » (Trad. M.B.)[14]
« …, mais!, chaque semaine j’économisais pour avoir une autre mademoiselle à chaque fois différente, (Trad. fr. B.H.)[…] »
 
Dans cet exemple, Ale! (Mais!) est traduit par Heureusement que (Ještě štěstí, že), našetřil jsem si (j’économisais) par je pouvais économiser assez (mohl jsem si našetřit dost), la dernière partie de ce passage, qui s‘achève par un point (Trad. M.B.) et non une virgule (V.O.), est rendue sous la forme d’une apposition avec l’ajout d’une expression pour l’introduire : pour voir du nouveau (abych zas viděl něco novýho). Par ces changements, qui assurément n’ont rien d‘anodin, la traductrice outrepasse de loin les pouvoirs d’intervention sur le texte original – au nom d’une certaine licence créative – qui lui sont à juste titre accordés. En effet, contrairement à la version originale, dans laquelle l’interjection Ale! vient brutalement et momentanément stopper le cours du récit avant que ne soit délivrée juste après une information de tout premier ordre pour le narrateur, information communiquée sous le ton de la déclaration, mais sans jugement appréciatif, Milena Braud ne marque pas cet effet de rupture et glisse dans sa traduction ce type de jugement. Ainsi, avec l’adjonction de l’adverbe heureusement et du verbe pouvoir elle prête explicitement un sentiment de contentement, de soulagement au héros, qui selon l’interprétation qu’on peut donner du roman est – si tant est que l’on s’essaye à rendre justice à la traduction – au mieux implicite, au pire inexistant. L’insertion de l‘expression triviale voir du nouveau, suivie de une fille différente à chaque fois, force le trait en campant le héros dans une attitude de mépris vis-à-vis de ces mesdemoiselles, réduites ici à l’état d’objet, de simples marchandises.
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« […], fujtajksl, to se nedá jíst!, […] » (V.O.)
« […] : horreur et putréfaction, mais c’est immangeable! […] » (Trad. M.B.)[15]
« […], beurk, c’est immangeable!, […] » (Trad. fr. B.H.)
 
Horreur et putréfaction traduit bien un sentiment de dégoût, de rejet, mais c’est une expression emphatique et désuète. La construction de la phrase (horreur et putréfaction lié à c’est immangeable par la conjonction de coordination mais), amplifie le grotesque de la situation, en offrant au lecteur l’image d’une personne, un général en l’espèce, dont la réaction qui se veut outrée est ridiculement théâtrale.
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« […] křičeli, že tam byla lávka a ne topol, a z druhé strany že tam byl topol a ne lávka, […] » (V.O.)
« […] ça criait qu´il y avait eu seulement la passerelle et pas de peuplier, de l´autre côté on hurlait le contraire […] » (Trad. M.B.)[16]
« […] ils criaient qu´il y avait seulement la passerelle et pas le peuplier et de l´autre côté qu´il y avait le peuplier et pas la passerelle, […] » (Trad. fr. B.H.)
 
Par la proscription des répétitions, dont le savant usage concourt habituellement au renforcement de l’aspect comique, dynamique et très imagé de la narration, le souffle et la verve propres à la poétique de Hrabal se trouvent immanquablement appauvris.
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Ces exemples et commentaires n’épuisent certainement pas le sujet, mais ils illustrent parfaitement une tendance de la traductrice à enfermer dans un style précieux, policé et souvent ennuyeux une prose pourtant vivante et très inventive. C’est à une incroyable entreprise de réfection qu’est soumise cette dernière, due en grande partie à une trop forte « intellectualisation du texte[17] », à une observance presque dogmatique du « diktat du beau style[18]». Il est tout à fait surprenant de constater à quel point une grande majorité de traducteurs français ont tendance à vouloir systématiquement ‘embellir’ le style de Hrabal. A maintes reprises, Kundera, très critique à leur endroit, s’est insurgé contre ce type de   pratique : « L’autorité suprême pour un traducteur (et pour l’éditeur, devrait-on ajouter), devrait être le style personnel de l’auteur. Mais la plupart des traducteurs obéissent à une autre autorité : à celle du style commun du « beau français » […][19] » Chez Milena Braud, ces manières ‘d’embellissement’ peuvent être regroupées sous quatre grandes catégories : l’expression formelle des relations syntaxiques, la traduction des temps verbaux, l’achèvement du non-dit et les ‘détournements’ lexicaux.
 
A) L’expression formelle des relations syntaxiques
Par ce titre, nous entendons la façon dont est organisée, structurée d’un point de vue formel, la narration de Hrabal, c'est-à-dire le mode de traitement à travers l’usage de signes de ponctuation des relations entre les diverses unités linguistiques du texte. Selon Marianne Canavaggio, « la ponctuation de Hrabal a un double effet : rendre le flux oral sans distinction sensible entre récit et discours et gommer les relations causales entre les différents segments du texte[20] ».
 
Dans sa traduction, Milena Braud choisit d’ignorer les fonctions accordées par l’écrivain à la ponctuation ; non seulement elle gâche l’intensité du flux oral en montrant explicitement par un emploi abusif (comparativement à la version d’origine) des deux-points le passage du récit au discours, mais elle établit aussi une ‘logique’ rigide entre les différents segments du texte qui, chez Hrabal, est délibérément absente. Le sacro-saint règlement de ‘la bonne’ syntaxe française est ici appliqué à la lettre. L’ordre des mots est bien souvent totalement bouleversé. Les virgules, tout comme les conjonctions de coordination, sont fréquemment éliminées ou remplacées par des conjonctions de subordination, le gérondif apparaît de façon excessive, les points-virgules et les tirets, substitués aux virgules viennent brutalement couper l’épanchement de la narration. Les procédés d’écriture de Hrabal, par juxtaposition, accumulation, répétition, multiplication des appositions, permis avant tout par un usage prolixe de courts mots de liaison (‘a’, ‘pak’, ‘tak’, ‘a pak’, ‘a tak’, etc.), ou de virgules faisant la plupart du temps office de simples marqueurs chronologiques dans le déroulement de la narration, est très peu respecté. Nous accompagnons ci-dessous cette critique, l’affadissement de ce double effet de la ponctuation, de deux exemples :
 
« […], hladil mne, a pořád mi říkal, chuďato, drž se, […] » (V.O.)
« […], il n’arrêta pas de me caresser les joues en soupirant : pauvre petit, il faut bien t’accrocher […] » (Trad. M.B.)[21]
« […], il me caressait, et il me disait tout le temps, pauvre p’tiot, accroche-toi, […] » (Trad. fr. B.H.)
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« […], a naši kuchaři jim měli dělat pomocníky, ale šéfkuchař odvázal zástěru a odešel ten den pryč, trucoval, byl uražen, avšak ti kuchaři z Habeše, ti začali vařit několik set vajec natvrdo a smáli se a zubili se, a pak zase přivezli dvacet krocanů a začali je píct v našich troubách a do velikých mis rozdělali nějaké nádivky, ke kterým potřebovali třicet košů housek, […] » (V.O.)
« […] et nos cuisiniers à nous devaient leur donner un coup de main, or notre chef déposa ostensiblement sa toque et s’en alla pour la journée, tellement il était vexé ; les gars d’Ethiopie commencèrent par faire cuire plusieurs centaines d’œufs, ils riaient tout le temps en découvrant leurs belles dents blanches, ils avaient également amené une vingtaine de dindons qu’ils firent rôtir dans nos fours, pendant ce temps ils pétrissaient la farce dans plusieurs grandes jattes : trente corbeilles de mie de pain,  » (Trad. M.B.)[22][…]
« […], et nos cuisiniers devaient leur servir d’auxiliaires, mais le chef cuisinier a défait sont tablier et il est parti ce jour-là, il faisait la tête, mais les cuisiniers d’Abyssinie, ils ont commencé à cuire des centaines d’oeufs pour les rendre durs et ils riaient et ils rigolaient de toutes leurs dents, et puis aussi ils ont apporté vingt dindons et ils ont commencé à les faire rôtir dans nos fours et dans de grands plats ils ont préparé plusieurs farces, pour lesquelles ils avaient besoin de trente corbeilles de petits pains blancs, […] » (Trad. fr. B.H.)
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B) La traduction des temps verbaux 
Nous faisons ici une nouvelle fois appel à Marianne Canavaggio, à son analyse des problèmes de traduction de Bohumil Hrabal en français. En introduction à un examen des registres de langue qu’utilise l’écrivain, elle avance que « la traduction des temps verbaux chez Hrabal pose un problème stylistique important : celui de la transcription en français du perfectif tchèque. […] Le tchèque moderne n’utilise que deux formes, perfective et imperfective, qui correspondent aux divers temps du passé en français. En raison même de l’économie du système tchèque, ces deux formes du passé ne comportent pas de connotation stylistique, si bien que le perfectif tchèque correspond aussi bien au passé composé qu’au passé simple français ; or l’emploi du passé simple dans le français contemporain est fortement connoté, réservé qu’il est à l’usage littéraire selon les critères du « beau style ». On peut estimer que, chez un auteur comme Hrabal, il y a incompatibilité entre le registre de langue et l’emploi du passé simple[23] ». Pour traduire le(s) temps du récit du roman Moi qui ai servi le roi d’Angleterre, Milena Braud exploite presque exclusivement deux temps verbaux, l’imparfait et le passé simple. Elle n’a recours que très rarement au passé composé. Il est vrai, comme le souligne Marianne Canavaggio, qu’« en raison de sa forme composée, le passé composé a l’inconvénient d’être monotone et lourd. Ces défauts du passé composé deviennent rédhibitoires dès que le texte à traduire excède quelques pages, d’autant que Hrabal emploie fréquemment des accumulations verbales. De surcroît, dans ce dernier cas, l’emploi du passé composé a tendance à ralentir et à niveler le rythme du récit en en compromettant l’efficacité. En l’absence de solution parfaitement satisfaisante, il s’agit donc pour le traducteur de transiger[24] ». Marianne Canavaggio propose une alternative qui nous paraît fort judicieuse et dont elle a elle-même fait usage dans sa traduction de la nouvelle Bambini di Praga[25] : « En ce qui me concerne, j’ai choisi de privilégier le passé composé et, afin d’en atténuer la lourdeur, de recourir plus fréquemment que dans l’original au présent de narration ». Elle précise que si « le recours fréquent au présent narratif affaiblit sa fonction de mise en relief et banalise les passages au présent dans le texte original, [il] reste alors la possibilité d’user pour ces passages spécifiques d’autres procédés de mise en relief adaptés[26] ».
 
On le voit, le traitement des temps verbaux dans la prose de Hrabal pose aux traducteurs de très grandes difficultés. Il n’existe pas de solution définitive, mais il nous semble en tout cas indéniable, sans aller jusqu’à prolonger notre argumentaire en prenant en considération toutes les critiques et fines recommandations énoncées par Marianne Canavaggio, que le maniement abusif du passé simple dans la traduction de Milena Braud nuit gravement au roman, au flux d’écriture, à son « caractère d’oralité ». A ce sujet, il n’est pas inutile d’indiquer qu’au moins un écrivain de langue française, Louis-Ferdinand Céline, est parvenu à transmettre remarquablement dans son œuvre le langage parlé. Il ne serait donc sans doute pas superflu, comme le suggère Marianne Canavaggio, d’étudier et de s’inspirer de son mode d’écriture, ce qui permettrait de réduire significativement les risques de tomber dans ces nombreux travers de la traduction, répartis ici parmi nos quatre thématiques explicatives. A sa décharge, nous devons reconnaître que les éditeurs portent une grande part de responsabilité. Par leurs consignes formatées et les révisions qu’ils imposent aux traducteurs, ils incitent fortement ces derniers, voire parfois les contraignent, à (re)façonner « leurs textes aux canons plus ou moins explicites du beau style [et par conséquent à] probablement niveler la langue propre de Hrabal.[27] »
 
C) L’achèvement du non-dit
Hrabal refuse toutes ‘facilités’ de langage, en évitant soigneusement locutions figées, lieux communs et autres clichés langagiers, car si ces derniers favorisent et accélèrent notre communication quotidienne, leur transposition dans un texte littéraire a pour effet, lorsqu’ils sont convoqués et retranscrits ‘mécaniquement’, d’ôter toute dimension poétique à celui-ci. Sa langue ne s’inscrit pas dans un courant naturaliste, elle n’est pas animée par un souci de description minutieuse et objective des faits, elle ne préconise pas une mise à l’index de l’imagination, de l’idéalisation ; au contraire, elle se veut élusive, suggestive, elle se nourrit et s’épanouit par allusions, ellipses, par conglomération et mise bout à bout d’implicites et de silences souvent assourdissants. Elle perd en intensité dès que l’on s’efforce de l’expliciter, de combler les non-dits et qu’on abuse de périphrases ou à l’inverse de raccourcis langagiers trop stéréotypés. Les quelques exemples retenus ci-dessous nous permettront d’apprécier les dérives qui en l’espèce abondent dans l’‘adaptation’ de Milena Braud :
 
« […], ale že jsem byl lehký, […] » (V.O.)
« […], j’étais léger comme une plume […] » (Trad. M.B.)[28]
« […], mais comme j’étais léger […] » (Trad. fr. B.H.)
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« […] milicionáři byli bledí, […] » (V.O.)
« […] les miliciens, blancs comme des endives, […] » (Trad. M.B.)[29]
« […] les miliciens étaient pâles, […] » (Trad. fr. B.H.)
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« […] velikých oken, za kterými chodili sem a tam do půlky přeříznutí lidé, […] » (V.O.)
« […] des baies vitrées derrière lesquelles se promenaient des gens coupés en deux, des hommes-troncs, […] » (Trad. M.B.)[30]
« […] des baies vitrées derrière lesquelles marchaient, dans un va-et-vient, des gens coupés en deux, […] » (Trad. fr. B.H.)
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« […], a podívala se na mne tak, že jsem zajektal všemi grenadýnami […] » (V.O.)
« […], et à ce moment la blonde me lança un tel regard que j’en fus secoué de pied en cap, les verres de grenadines s’entrechoquèrent sur mon plateau […] » (Trad. M.B.)[31]
« […], et elle m’a lancé un tel regard, que j’en ai secoué toutes les grenadines […] » (Trad. fr. B.H.)
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« A že jsem měl žízeň, vzal jsem sklenici Jarušky, hnala se po mně, ale nemohla zabránit, abych se nenapil, […] » (V.O.)
« Et comme j’avais également soif, j’attrapai le verre de Jarmilka pour me désaltérer, elle se précipita mais ne put m’empêcher de boire une gorgée – […] » (Trad. M.B.)[32]
« Et comme j’avais soif, j’ai pris le verre de Jaruška, ella s’est précipitée sur moi, mais elle n‘a pas pu empêcher que je boive, […] » (Trad. fr. B.H.)
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« […], to byla ta druhá stránka mého fraku, ten rub všech pinglů a pikolíků […] » (V.O.)
« […], c’était le revers de la médaille, bien connu des grooms, garçons […] » (Trad. M.B.)[33]
« […], c’était l’autre côté de mon costume, le revers de tous les grooms et garçons […] » (Trad. fr. B.H.)
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« …, všichni přestali jíst a ona řekla : […] » (V.O.)
« … toutes les fourchettes étaient suspendues en l’air pendant qu’elle hurlait : […] » (Trad. M.B.)[34]
« …, tous se sont arrêtés de manger et elle a dit : […] » (Trad. fr. B.H.)
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D) Les ‘détournements’ lexicaux
Signalons enfin que des transformations encore plus évidentes, c’est-à-dire plus facilement identifiables, sont introduites dans le champ de la traduction de certains termes et expressions. Il serait plus exact dans de nombreux cas de parler de totales inventions. Les prénoms, les noms propres et les noms communs sont fréquemment modifiés (les signes diacritiques de la langue tchèque – cf. á, é, ĕ, í, ó, ú, ů, ý, č, ď, ň, ř, š, ť, ž – sont systématiquement supprimés, les voyelles se trouvent régulièrement interchangées), voire tout bonnement remplacés par d’autres vocables, sans doute – du moins de l’avis de la traductrice ou de l’éditeur – plus ‘adaptés’ à l’oreille, à l’orthographe, à la culture française. A titre d’exemples, Jaruška, Nový, Kadavá et Máleksont respectivement traduits par Jarmilka, Novotny, Kadova et Malik ; knedlíček[35] devient légumes, ce qui affaiblit considérablement la drôlerie de la situation. Pour mieux apprécier ce dernier exemple, très révélateur de la catégorie d’erreur en question, nous le retranscrivons çi-dessous dans son contexte. Il est accompagné du reste, dans ce fragment de texte, de toute une série d’autres défauts que l’on peut très aisément distinguer :
 
« […], když se rozdováděli, tak byli učiněný koťata, někdy až jako opice, tak oplzlí a směšní, tak vždycky, když přišel ten Gumovej král, tak někomu vpašoval do jídla ten primeros, někam pod knedlíček, a když host obracel knedlík, tak řvali smíchem, protože nejpozději do měsíce to samé se stane i jim, vůbec si rádi dělali naschvály, […] » (V.O.)
« Déchaînés comme des chatons taquins ou plutôt des singes, ils étaient aussi graveleux que ridicules : par exemple à chaque tournée du Roi du caoutchouc, ils glissaient subrepticement un Primerose quelconque dans l´assiette du voisin, ils hurlaient de rire quand la victime découvrait l´objet caché sous ses légumes et la fois suivante, la même blague se reproduisait pour quelqu’un d’autre… » (Trad. M.B.)[36]
« […], quand ils commençaient à s’exciter, c‘était de vrais chatons, parfois même on aurait dit des singes, aussi obscènes et ridicules, et alors toujours, quand le roi du Caoutchouc arrivait, il passait en douce à quelqu’un dans le repas le primerose, sous un knedlíček, et quand le client tournait le knedlík, alors ils hurlaient de rire, parce qu’au plus tard d’ici un mois la même chose à eux leur arriverait, en fait ils adoraient se faire des blagues, […] » (Trad. fr. B.H.) 
 
Plus d’un gastronome tchèque serait en droit de se sentir personnellement attaqué par ce lamentable tour de passe-passe, pâle copie d’un miracle de la transsubstantiation, le ‘knedlík’ devenant ‘légumes’ ! Plus sérieusement, il nous semble qu’il serait judicieux lorsqu’un tel terme – sans doute inconnu à un lecteur étranger – se présente, d’insérer des commentaires en notes de bas de pages ou de créer un glossaire à la fin du livre afin d’en donner une explication. Nombre de traducteurs usent d’ailleurs de ce type de procédé fort utile.
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L’apparition dans une phrase, par ailleurs tronquée et déformée, du nom d’un journal bien connu en France, Le Figaro, est pure fantaisie : 
 
« […], dostal jsem zprávy z Frankfurter Allgemeine a Züricher Zeitung a Die Zeit, a i v samotných Herald Tribune byl můj hotel […] » (V.O.)
« […] j’avais plein de coupures de la Frankfurter Allgemeine, du Herald Tribune et du Figaro, partout mon hôtel […] » (Trad. M.B.)[37]
« […], j’ai reçu des coupures de la Frankfurter Allgemeine et du Züricher Zeitung et de Die Zeit, et même dans le Herald Tribune il y avait mon hôtel […] » (Trad. fr. B.H.)
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Quelques qualificatifs subissent des changements inutiles et alambiqués :
 
« generál na penzi » (V.O.)
« un général du cadre de réserve » (Trad. M.B.)[38]
« un général à la retraite » (Trad. fr. B.H.)
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Des mots perdent complètement leur sens originel : 
 
« […], a zklamán jsem odložil sklenici, protože v ní bylo ne šampaňské, ale žlutá limonáda, od začátku pila limonádu, […] » (V.O.)
« […] et je reposai le verre avec dépit, ce n’était pas du champagne mais une vulgaire limonade, depuis le commencement elle buvait donc une bibine […] » (Trad. M.B.)[39]
« […], et déçu j’ai posé le verre, parce que dedans il n’y avait pas du champagne, mais une limonade jaune, depuis le début elle buvait de la limonade, […] » (Trad. fr. B.H.)
 
La limonade jaune (žlutá limonáda) est certes une boisson ordinaire, mais elle n’a pas dans le contexte en question de connotation négative. C’est de plus une boisson non alcoolisée. Sur ces deux points, on ne peut en dire autant concernant les qualités intrinsèques de la bibine
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Certains lecteurs français ont également fait remarquer qu’ils avaient été très surpris de découvrir dans le texte des termes faisant directement référence à leur culture, des termes dont l’apparition leur a semblé, à juste titre, plus qu’incongrue dans un contexte tchèque :
 
« číšnické zkoušky » (V.O.)
« C.A.P. de serveur de restaurant » (Trad. M.B.)[40]
« examens de serveur » (Trad. fr. B.H.)
 
Les sigles et les acronymes sont très utilisés en France. C’est là sans doute une raison pour laquelle Milena Braud s’autorise à traduire Société des Nations par O.N.U.[41]. Le problème majeur en la matière est que cette rectification à une approximation historique, vraisemblablement voulue par l’auteur, a surtout pour conséquence d’affaiblir l‘effet cocasse de la réaction de désespoir de ces deux propriétaires richissimes et démocrates à la nouvelle de leur convocation au camp de millionnaires, signifiant implicitement l‘emprisonnement et la spoliation de tous leurs biens. Elle rend très mal leur indignation ‘bourgeoise’, leur confiance aveugle dans l´Amérique et dans la Société des Nations… Car oui! C’est pour eux une certitude, elles « ne laisseront pas les choses ainsi, […] tout leur sera rendu et […] ils rentreront dans leurs villas et auprès de leurs familles… » (Trad. fr. B.H.)[42]
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Dans la plupart des cas mentionnés, et le spectre de la créativité de la traductrice est beaucoup plus large que ne peut le laisser à penser ces quelques exemples, nous sommes face à des adaptations forcées et déroutantes de locutions ou expressions tchèques à la culture française.
 
En guise de conclusion, nous proposerons une dernière illustration, sorte de condensé de ce que nous avons intitulé ‘les écueils de la traduction’ du roman Moi qui ai servi le roi d’Angleterre. Mais avant, nous souhaitons revenir sur les deux principaux motifs qui ont fondé notre argumentaire critique. 
 
La virulence de nos attaques à l’encontre de la traductrice est d’abord l’expression d’indignation d’une forme de posture morale que nous revendiquons pleinement. Face à une traduction à ce point défaillante et malhonnête à l’endroit de la version d’origine, de son auteur et du lectorat étranger de ce dernier, il ne peut y avoir de place que pour un discours dénonciateur. Car en fin de compte, il en va plus dans le travail de Milena Braud d’une tentative de ‘réécriture’ que d’une traduction du roman de Hrabal. Il semble, plus généralement, que l’écrivain est, si l’on peut s’exprimer ainsi, victime d’une pratique quasi généralisée de traduction très discutable. Ne sont, de notre point de vue, majoritairement publiées de ses textes que des versions françaises approximatives, voire totalement inadéquates. Celles de Milena Braud, du moins en ce qui concerne Moi qui ai servi le roi d’Angleterre, contribuent largement, comme notre analyse l’a nous pensons amplement démontré, à ce phénomène. Sans doute n’est-il pas inutile d’avancer ce souhait que formule Marianne Cannavagio, un souhait qui hélas paraît à court terme bien utopique : « Je terminerai donc en formulant un souhait utopique : que l’œuvre de Bohumil Hrabal soit revue et homogénéisée en tenant compte des apports des divers traducteurs. Ce n’est qu’une centaine d’années après sa mort qu’on s’est avisé de retraduire l’œuvre de Dostoïevski, dont les premières traductions portaient de façon sensible la marque d’un « beau style » qui, semble-t-il, n’était pas le sien. Devra-t-on vraiment attendre que la postérité entérine sa valeur pour qu’on en fasse autant avec l’œuvre de Hrabal ?[43] »
 
Justifiée dans une perspective plus étroitement liée à notre objet de recherche, l’opportunité de cette étude critique se comprend par le fait que dans le cadre d’une analyse comparative des lectures ‘nationales’ d’un roman, il est indispensable de savoir à quel texte chaque groupe de lecteurs, en l’occurrence ici seulement les Tchèques et les Français, a affaire. 
 
« … A tak sklepmistr za námi zhášel, a zase jsme vyšli ze sklepů, ale ten samý den přišla zpráva, že habešský císař má s sebou svoje kuchaře a právě u nás, a právě proto, že máme zlaté příbory, tak jako v Habeši je má on, jeho kuchaři že budou dělat habešskou specialitu… » (V.O.)
« [Disparition des premiers mots] … En remontant des caves on devait apprendre un autre changement de programme: l’empereur d’Ethiopie avait en effet décidé de faire préparer le repas de gala par ses propres cuisiniers, avec des spécialités éthiopiennes, mais toujours dans notre établissement choisi parce qu’il possédait autant de couverts en or que le palais impérial d’Addis-Abeba… » (Trad. M.B.)[44]
« … Et alors le sommelier éteignait derrière nous, et on est sorti des caves, mais le même jour est arrivée une nouvelle, que l’empereur d’Abyssinie a avec lui ses cuisiniers et justement chez nous, et justement parce que nous avons des couverts en or, comme lui les a en Abyssinie, ses cuisiniers vont donc préparer une spécialité abyssinienne… » (Trad. fr. B.H.)
 
Ouvrages et articles cités :
Ancelot C. in : Sůva V., Claudia Ancelotová, překladatelka z Neumannova domu, Nové knihy, n°16, 1990.
Cnavaggio M., La traduction de Bohumil Hrabal en français : le ‘diktat du beau style’, in : Galmiche (sous la dir.), Bohumil Hrabal : palabres et existences, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, Paris, 2002.
Cosset P.L. & Grafnetterová L., Otázka zapojování národní axiologie při četbě románu, Slon, Prague, 2008.
Guinzbourg C., Traces, racines d’un paradigme indiciaire, in : Mythes, Emblèmes, Traces. Morphologie et histoire, trad. fr., Flammarion, Paris, 1989, pp. 139-180.
Holý L., The little Czech and the great Czech nation, Cambridge University Press, Cambridge, 1996.
Hrabal B., Obsluhoval jsem anglického krále, Mladá fronta, Prague, 2002. Traduction française : Moi qui ai servi le roi d’Angleterre, trad. M. Braud, Robert Laffont, Paris, 1997. Traduction allemande : Ich habe den englischen König bedient, trad. Karl-Heinz Jähn, Suhrkamp, Frankfort, 2003.
Hrabal B., Bambini di Praga 1947, in : Les palabreurs, trad. M. Canavaggio, Albin Michel, Paris, 1991.
Kundera M., Les testaments trahis, Gallimard, Paris, 1993.
Levý J., Umění překladu, Panorama, Prague, 1963.
Roth S. in : Kratochvil J., Překladatel je chameleon. Rozhovor se Susannou Rothovou, Literární noviny, le 1er juin 1995.
Rousset J., Forme et signification, José Cortis, Paris, 1962.
Samal M. H., Jak jsem překládala pana Hrabala, Proměny, no 2, 1990, pp. 89-94.
 


[1] P.L. Cosset & L. Grafnetterová, Otázka zapojování národní axiologie při četbě románu, Slon, Prague, 2008.
[2] B. Hrabal, Obsluhoval jsem anglického krále, Mladá fronta, Prague, 2002 ; B. Hrabal, Moi qui ai servi le roi d’Angleterre, trad. M. Braud, Robert Laffont, Paris, 1997 ; B. Hrabal, Ich habe den englischen König bedient, trad. Karl-Heinz Jähn, Suhrkamp, Frankfort, 2003.
[3] C. Guinzbourg, Traces, racines d’un paradigme indiciaire, in : Mythes, Emblèmes, Traces. Morphologie et histoire, trad. fr., Flammarion, Paris, 1989, pp. 139-180.
[4] Ce sont là, affirme l’anthropologue Ladislav Holý, les trois critères qui permettent de ‘plein droit’, dans l’imaginaire national tchèque, d’être considéré comme un membre à part entière de la nation tchèque. Pour plus de précisions nous renvoyons le lecteur à son ouvrage The little Czech and the great Czech nation [Le petit homme tchèque et la grande nation tchèque], Cambridge University Press, Cambridge, 1996, centré sur les « mythes, symboles et traditions qui rendent possible l’identification des individus en tant que membres de la nation tchèque et créent la conscience nationale tchèque », Ibid., p. 3.
[5] S. Roth in : J. Kratochvil, Překladatel je chameleon. Rozhovor se Susannou Rothovou, Literární noviny, le 1er juin 1995 (traduction personnelle).
[6] Référence bibliographique inconnue, archives du Monument National des Belles Lettres, Prague (traduction personnelle).
[7] M. Canavaggio, La traduction de Bohumil Hrabal en français : le ‘diktat du beau style’, in : Galmiche (sous la dir.), Bohumil Hrabal : palabres et existences, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, Paris, 2002, p. 209.
[8] C. Ancelot in : V. Sůva, Claudia Ancelotová, překladatelka z Neumannova domu [Claudia Ancelot, traductrice de La maison de Neumann], Nové knihy, n°16, 1990, p. 8.
[9] M. H. Samal, Jak jsem překládala pana Hrabala [Comment j’ai traduit monsieur Hrabal], Proměny, no 2, 1990, pp. 89-94. Reálka est un type de lycée technique. Chození na houby signifie littéralement ‘aller chercher des champignons‘. C’est une des activités les plus appréciées des Tchèques, un ‘sport national’ aux dires de certains, qui rassemble du printemps à l´automne, dans toutes les forêts de Bohême, de Moravie et de Silésie, des milliers de passionnés et qui souvent fait l’actualité des médias d’information.
[10] J. Rousset, Forme et signification, José Cortis, Paris, 1962.
[11] M. Canavaggio, La traduction de Bohumil Hrabal en français : le ‘diktat du beau style’, op. cit., p. 195.
[12] De nombreuses versions samizdat de ce roman ont pendant longtemps circulé en République tchèque et à l‘étranger, dont une publiée en 1980 en Allemagne aux éditions Index sous le titre Comment j’ai servi le roi d’Angleterre (Jak jsem obsluhoval anglického krále). Nous présumons – sans avoir de certitude absolue – que c’est sur cette version que Milena Braud a travaillé.
[13] La comparaison entre l´original et la traduction française du roman a été réalisée à l´aide des éditions suivantes : B. Hrabal, Obsluhoval jsem anglického krále [Moi qui ai servi le roi d´Angleterre], Mladá fronta, Prague, 2002 ; B. Hrabal, Moi qui ai servi le roi d´Angleterre, Robert Laffont, Paris, 1997. A partir d’ici, nous utiliserons dans les notes de bas de page les abréviations ‘Tch’ pour l´édition tchèque et ‘Fr’ pour l´édition française.
[14] Tch, p. 19 ; Fr, p. 20.
[15] Tch, p. 63 ; Fr, p. 58.
[16] Tch, p. 9 ; Fr, p. 11.
[17] Expression employée par J. Levý, Umění překladu [Art de la traduction], Panorama, Prague, 1963, p. 145. Nous reprenons également quelques-uns de ses termes un peu plus loin (cf. L’expression formelle des relations syntaxiques, L’achèvement du non-dit).
[18] M. Canavaggio, La traduction de Bohumil Hrabal en français : le ‘diktat du beau style’, op. cit., p. 195.
[19] Ibid., p. 199, citation tirée de M. Kundera, Les testaments trahis, Gallimard, Paris, 1993, pp. 133-134. La parenthèse et son contenu sont de Canavaggio.
[20] Ibid., p. 203.
[21] Tch, p. 82 ; Fr, p. 77.
[22] Tch, p. 107 ; Fr, p. 97.
[23] M. Canavaggio, La traduction de Bohumil Hrabal en français : le ‘diktat du beau style’, op. cit., p. 205.
[24] Ibid., p.206.
[25] B. Hrabal, Bambini di Praga 1947, in : Les palabreurs, trad. M. Canavaggio, Albin Michel, Paris, 1991 ; Bambini di Praga, in : Automat svĕt, Mladá fronta, nakl. ČSM, Praha, 1966.
[26] M. Canavaggio, La traduction de Bohumil Hrabal en français : le ‘diktat du beau style’, op. cit., p. 206.
[27] Ibid., p. 210.
[28] Tch, p. 15 ; Fr, p. 17.
[29] Tch, p. 186 ; Fr, p. 163.
[30] Tch, p. 21 ; Fr, p. 22.
[31] Tch, p. 23 ; Fr, p. 23.
[32] Tch, p. 15 ; Fr, p. 17.
[33] Tch, p. 19 ; Fr, p. 20.
[34] Tch, p. 23 ; Fr, p. 24.
[35] Knedlík; knedlíček (diminutif), en allemand knödel, est une sorte de quenelle accompagnant généralement des choux et du porc rôti, le plat national tchèque.
[36] Tch, p. 31 ; Fr, p. 31.
[37] Tch, p. 177 ; Fr, p. 156.
[38] Tch, p. 112 ; Fr, p. 102.
[39] Tch, p. 15 ; Fr, p. 17.
[40] Tch, p. 35 ; Fr, p. 35.
[41] Tch, p. 182 ; Fr, p. 160.
[42] Nous effectuons nous-mêmes cette traduction, celle de Milena Braud, comme on peut le constater ci-après, nous paraissant trop éloignée de la version originale : « […] qui, affirmaient-ils, ne laisseraient pas faire, de sorte que bientôt ils pourraient retrouver leurs villas et fortunes... » (Trad. M.B.)
[43] M. Canavaggio, La traduction de Bohumil Hrabal en français : le ‘diktat du beau style’, op. cit., p. 210.
[44] Tch, p. 107 ; Fr, p. 96-97.

 

© Pierre-Laurent Cosset & Lenka Grafnetterová
kapitola z publikace chystané k vydání nakladatlstvím Slon
na iLiteratura.cz uveřejňujeme se souhlasem autorů a nakl. Slon

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